Fonction publique : la veillée d’armes des syndicats.

7 février 2018

Dénonçant la  » brutalité  » de l’exécutif, les organisations syndicales se préparent à une longue bataille.

Comment faire reculer le gouvernement ? C’est la question à laquelle les syndicats de la fonction publique devaient tenter d’apporter une réponse, mardi 6 février en fin de journée. Cette réunion pourrait ressembler à une veillée d’armes, débouchant sur l’organisation d’une nouvelle journée de mobilisation associant grève et manifestations.

Les fonctionnaires sont toujours sous le choc des annonces du 1er février. Plan de départs volontaires, recours accru aux contractuels, rénovation du statut du fonctionnaire, rémunération au mérite… La pilule ne passe pas. D’autant moins, d’ailleurs, que les agents publics n’ont toujours pas digéré le gel du point d’indice et le rétablissement du jour de carence.

Pour la CGT, majoritaire dans la fonction publique (avec 23,1 % des voix aux élections professionnelles de 2014),  » on a franchi la ligne jaune. Le gouvernement choisit la confrontation « . La CFDT, syndicat réformiste arrivé deuxième avec 19,3 % des voix, juste devant FO (18,6 %), dénonce  » un mauvais signal « , fustigeant  » un mépris, une brutalité, un manque de considération pour le travail des agents publics « .

C’est le  » plan de départs volontaires  » annoncé par Gérald Darmanin qui irrite le plus. Et ce, même si le ministre de l’action et des comptes publics a pris le soin de préciser qu' » il ne s’agit pas de faire un plan de départs volontaires pour tout le monde, bien évidemment. Il s’agit d’adapter nos services publics et de le faire avec et pour les agents publics « . Pour la CFDT, cela discrédite toute l’action du gouvernement.  » Les annonces autour de cette histoire de plan de départs faussent toute la concertation et le chantier sur la fonction publique, estime Mylène Jacquot, secrétaire générale de la CFDT-Fonctions publiques. Il était question que l’on s’intéresse d’abord aux missions du service public avant d’aborder l’ajustement des moyens, ce qui n’est d’ailleurs pas scandaleux en soi. Or, là, le chantier se réduit à une question de coûts et de réduction du nombre de fonctionnaires…  »

Certes, les organisations ont été un peu déstabilisées par le gestedu gouvernement, le lendemain des annonces.
Dans une lettre envoyée aux syndicats, le 2 février, Gérald Darmanin et son secrétaire d’Etat, Olivier Dussopt, mettent l’accent sur leur volonté de nouer  » un dialogue social exemplaire  » en se gardant bien d’évoquer le fameux plan de départs. Ils mettent en avant la concertation que le gouvernement souhaite dérouler  » sur toute l’année 2018  » pour discuter du  » nouveau contrat social  » qu’il propose aux agents.

Las.  » L’écart  » entre les annonces et le courrier pousse la CFDT à demander  » au gouvernement de clarifier ses positions « .  » La lettre semble vouloir apaiser les choses, concède Jean-Marc Canon, secrétaire général de la CGT-Fonction publique, mais les annonces ont bel et bien été faites.  » Pour Solidaires, au demeurant,  » si la déclaration de Gérald Darmanin a noyé tout le reste, il faut s’intéresser aux autres points « .

 » Tout doit être pesé  »

Or, plan ou pas, les annonces sont, dans leur ensemble, largement rejetées par les syndicats. Elles sont d’une « extrême gravité  » pour la CGT. Solidaires y voit  » un basculement de choix de société  » : ce projet, explique Denis Turbet-Delof, délégué général fonction publique de Solidaires, relève d' » une vision de la société individualiste et déshumanisée avec, comme solution miracle, la numérisation à outrance « .

Plus mesurée, l’UNSA (4e organisation, avec 10,4 % des voix) n’en reste pas moins très inquiète pour la pérennité du statut général de la fonction publique, notamment selon l’ampleur que pourrait prendre la simplification des instances représentatives du personnel que le premier ministre a annoncée. Le recours aux contractuels,  » s’il est massif, ça ne passe plus, prévient Luc Farré, secrétaire général de l’UNSA-FP, car cela entraîne une remise en cause du statut « .

Également critique, la CFDT met cependant en garde :  » Nous ne devons pas nous laisser enfermés dans un débat qui opposerait ceux qui se présentent comme les tenants du modernisme aux syndicats réduits à la défense des privilèges.  » La CFDT est, par exemple, prête à faire évoluer le statut ou à discuter d’une réforme du dialogue social. Mais, avant d’opter pour une nouvelle mobilisation,  » il faut donc peser le pour et le contre « , plaide Mylène Jacquot.

Toute la question est là : faut-il appeler à une journée de grève et de manifestations ? La précédente, celle du 10 octobre, avait fait descendre de 200 000 à 400 000 personnes dans la rue, selon les sources, et avait incité un agent sur dix à faire grève, selon des chiffres officiels contestés par la CGT. Mais cela n’avait pas fait dévier le gouvernement de sa route.  » Rien n’est acquis, rien n’est exclu, précise Mme Jacquot. Tout doit être pesé. Si c’est un échec, c’est la catastrophe. Il y a aussi des mobilisations sectorielles en cours. On ne veut pas leur porter
préjudice.  »

La CFDT comme l’UNSA consultent leur base. La CGT, FO et Solidaires veulent une nouvelle mobilisation.  » La journée du 10 octobre a été significative, note M. Canon. Mais, visiblement, elle n’était pas suffisante. Nous l’avons d’ailleurs toujours pensée comme une première étape.  Il faut une nouvelle journée de grève et de manifestations, car c’est en élevant le rapport de force que l’on pourra se faire entendre.  »

La concertation qui doit débuter la semaine prochaine semble déjà mal partie. Certains syndicats ne sont pas sûrs d’y participer. Les autres manquent d’enthousiasme :  » Je veux bien qu’on discute, mais, si tout est déjà décidé, ce n’est pas une concertation « , soupire M. Farré.
Benoît Floc’h
© Le Monde

 

 

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